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Quand les lycéens dérapent...

le 19/04/05
" Je ne peux pas rester longtemps au téléphone, je suis écouté, ils vont me localiser, je dois raccrocher... ". Déclic. Ceci n'est pas une réplique du dernier James Bond. Il s'agit juste de la très surréaliste conversation que j'ai eue au téléphone avec un des leaders du mouvement de grogne lycéenne. Petit avant goût du grand n'importe quoi paranoïaque qui s'installe dans nos lycées, mon lycée. A l'origine une réforme de l'éducation (navrante, certes) votée à l'Assemblée, à l'arrivée une minorité de lycéens survoltés (400 sur 72 000 à Paris selon le Rectorat) qui paralyse nos cours.

Même si ce mouvement a tendance à perdre ses appuis traditionnels, notamment celui des syndicats lycéens qui avaient pourtant donné l'impulsion, il fait de plus en plus de bruit. Il se constitue désormais d'un petit noyau très radical, qui erre de lycée en lycée en quête du rapport de force le plus adrénalisant possible. Le tout pour donner ainsi l'illusion de puissance. Leurs actions vont croissantes sur l'échelle de la violence et du discrédit : manifs spontanées, " barrages filtrants " où tels des videurs ils filtrent les élèves postés aux entrées des bahuts, et blocages enfin. Les portes sont cadenassées dans la nuit, de la glue est mise dans les serrures et le lycée est condamné pour le reste de la journée.

C'est ainsi que jeudi 7 avril, au lycée Fénelon, plein Quartier Latin, les manifestants se sont encore illustrés dans le dérapage incontrôlé. En prévision de troubles, la proviseur du lycée filtre les entrées et les sorties, secondée par trois membres du personnel administratif et le renfort d'un policier en civil. Vers 13h30, une cinquantaine de manifestants surexcités débarquent devant le lycée et tentent de forcer le passage. La porte s'entrouvre pour laisser passer un prof coincé parmi les manifestants. Elle se refermera que vingt minutes plus tard lorsque les forces de l'ordre arriveront enfin. Ils évacuent les manifestants qui distribuent quelques coups au passage. Deux des leaders sont arrêtés. Ils laissent derrière eux une proviseur piétinée avec des côtes cassées et trois autres membre du personnel plus que traumatisés.

Nom de code, "mobylette perdue" : la journée d'action lycéenne du jeudi 7 avril, annonçait pourtant clairement les intentions de ces lycéens en quête de sensations soixante-huitardes. Mais pour moi, ce qui est plus évidemment perdu c'est le combat de ces agitateurs de rue.

J'ai beau chercher, écouter, observer je n'arrive toujours pas à comprendre quelles sont les revendications rationnelles de ce mouvement. On parle évidemment de l'abrogation de la Loi Fillon, ce qui est un non-sens démocratique voire un suicide social, mais on parle aussi beaucoup du Referendum, de la reforme de la Sécu, du con de prof de maths du lycée Machin... bref de tout et n'importe quoi. Les revendications de ces lycéens sont irréalisables, la date butoir est inprogrammable. Il semble que la violence du mouvement est devenu une sorte d'habitude, une défonce dont ils n'ont pas envie de se sevrer. De plus, les contradictions affleurent à chaque prise de parole : nous camarades progressistes préférons laisser le système scolaire dans son état actuel, ça sera le moins pire du meilleur...

Ils revendiquent pourtant des aspirations " petite soeurs " de celles d'un certain printemps de 68. Celles de leurs parents, à qui ils rendent hommage dans cet élan inconsciemment conservateur. Certains profs ne peuvent pas s'empêcher de contribuer à cette dangereuse nostalgie, surtout ceux qui sont proches de la retraite. Ceux qui ont commencé leur carrière en 1968, et qui voient dans cette période l'occasion d'un stand up' final. La récupération, voire la manipulation des lycéens est donc flagrante et je croise les doigts pour que les universités ne basculent pas, car je ne pense pas qu'une escorte de CRS m'inspire beaucoup lors des épreuves de juin.