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35 heures : « Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas ».

le 01/02/05
Ce pamphlet de Bastiat comporte une introduction et un certain nombre d'exemples pratiques transposables aux 35 heures, qui montrent de façon très convaincante qu'il est impossible que les 35 heures aient augmenté le nombre d'emplois. Martine Aubry feint de croire que ce nombre a augmenté de 300 000, mais elle s'en tient aux effets immédiats de la loi et ignore les effets secondaires, qui eux ont détruit encore plus d'emplois.

Voici l'introduction du pamphlet :

"Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. De ces effets, le premier seul est immédiat; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit. Entre un mauvais et un bon économiste, voici toute la différence : l'un s'en tient à l'effet visible; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit, et de ceux qu'il faut prévoir. Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. - D'où il suit que le mauvais économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d'un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d'un petit mal actuel."

Voici l'un des exemples donnés par Bastiat :

L'Etat ouvre un chemin, bâtit un palais, redresse une rue, perce un canal; par là il donne du travail à certains ouvriers, c'est ce qu'on voit; mais il prive de travail certains autres ouvriers, c'est ce qu'on ne voit pas.
Voilà la route en cours d'exécution. Mille ouvriers arrivent tous les matins, se retirent tous les soirs, emportent leur salaire, cela est certain. Si la route n'eût pas été décrétée, si les fonds n'eussent pas été votés, ces braves gens n'eussent rencontré là ni ce travail ni ce salaire; cela est certain encore.
Mais est-ce tout? L'opération dans son ensemble, n'embrasse-t-elle pas autre chose? Au moment où le président prononce les paroles sacramentelles "L'Assemblée a adopté", les millions descendent-ils miraculeusement sur un rayon de lune dans les coffres du ministère des travaux publics? Pour que l'évolution, comme on dit, soit complète, ne faut-il pas que l'Etat organise la recette aussi bien que la dépense? qu'il mette ses percepteurs en campagne et ses contribuables à contribution?
Etudiez donc la question dans ses deux éléments. Tout en constatant la destination que l'Etat donne aux millions votés, ne négligez pas de constater aussi la destination que les contribuables auraient donnée - et ne peuvent plus donner - à ces mêmes millions. Alors vous comprendrez qu'une entreprise publique est une médaille à deux revers. Sur l'une figure un ouvrier occupé, avec cette devise: "ce qu'on voit"; sur l'autre, un ouvrier inoccupé avec cette devise: "ce qu'on ne voit pas"

Et voici ma propre transposition aux 35 heures :

L''Etat socialiste a décidé d'allouer une dizaine de milliards d'Euros par an aux entreprises pour qu'elles limitent le temps de travail du personnel à 35 heures, tout en les payant 39 heures, afin qu'elles embauchent du personnel supplémentaire pour compenser. Supposons que la mesure marche et qu'effectivement x milliers de personnes supplémentaires soient embauchées. Voilà la mesure appliquée. Voila du personnel supplémentaire embauché.
Mais est-ce tout? L'opération dans son ensemble, n'embrasse-t-elle pas autre chose? Au moment où le président prononce les paroles sacramentelles "L'Assemblée a adopté", les milliards descendent-ils miraculeusement sur un rayon de lune dans les coffres des entreprises ? Pour que l'évolution soit complète, ne faut-il pas que l'Etat organise la recette aussi bien que la dépense? qu'il mette ses percepteurs en campagne et ses contribuables à contribution?
Etudiez donc la question dans ses deux éléments. Tout en constatant la destination que l'Etat donne aux milliards votés, ne négligez pas de constater aussi la destination que les contribuables auraient donnée - et ne peuvent plus donner - à ces mêmes milliards. Le contribuable va certes donner quelques Euros pour embaucher quelques personnes de plus, mais c'est autant de biens ou de services dont il se privera, mettant ainsi au chômage ceux qui les produisaient. Alors vous comprendrez qu'une dépense de l'Etat est une médaille à deux revers. Sur l'une figure un salarié heureux, avec cette devise: "ce qu'on voit"; sur l'autre, un salarié ou un artisan inoccupé avec cette devise: "ce qu'on ne voit pas".

Bastiat va plus loin. Il démontre que si l'Etat crée cent emplois, il en détruit toujours un peu plus de cent quelque part ailleurs dans l'Economie : ceux qui étaient alimentés avec l'argent prélevé pour payer les premiers, et ceux qui étaient alimentés par l'argent prélevé pour payer les dépenses administratives supplémentaires engendrées par la mesure.