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La banane dans l'oreille de l'Europe

le 18/01/05
Depuis la bataille transatlantique au sujet des quotas bananiers nous savions que l'appétence de la France pour ce fruit avait gagné l'Europe.

Avec 60% d'abstention, l'Europe se présente, avant même son fondement, comme une union bananière.
Avec un tel taux, aucun hypothétique président, aucun ministre des affaires étrangères, aucun député européen ne pourra de façon crédible parler "au nom des européens" ... alors même que les plus grands défis - au premier rang desquels la constitution - se font pressants.
Avec un tel taux d'abstention, il est impossible que les lois votées au parlement "européen" portent un quelconque sens sinon celui de l'échec de la démocratie.

Si l'idée d'une Europe unie semble dorénavant acquise, les Européens ne semblent pas avoir reconnu la singularité d'un vote qui devait faire entrer l'Europe dans une nouvelle ère. L'unification de l'Europe établie, combien de temps faudra t'il pour que les Européens réalisent qu'un destin commun requiert une démocratie active ?

Il serait trop facile de jeter toute la responsabilité d'un tel séisme aux seuls politiques. Il est plus juste de reconnaître que les responsabilités sont partagées:
- par les politiques, dont la campagne est restée pathétique (sait-on seulement si l'UMP appellera au référendum sur le traité constitutionnel ?)
- par nous, Européens, dont le désintérêt est coupable
- par les media, qui persistent dans leur autisme national et rechignent à insister sur le sens européen de cette élection (avant comme après le scrutin).

Critiquer reste chose facile, il faut le reconnaître, mais parfois nécessaire.
Le constat est dans ce cas édifiant : l'Europe est pleine d'idées de grandeur, se permet de donner des leçons de démocratie et de paix au monde mais reste une organisation confidentielle ; les européens voudraient d'une Europe à la fois puissante, sociale, généreuse mais sans la moindre participation de leur part.

Le fruit pourri conserve un petit goût sucré : le groupe des libéraux sort renforcé de ces élections au parlement européen. Nous l'avons déjà dit: l'Europe sera libérale ou ne sera pas plus. C'est pourquoi cette progression des libéraux est un pas en avant pour l'Europe.

La prochaine étape de la construction européenne passe par un refondement au travers d'une constitution. Au-delà des piteux résultats des élections passées, le véritable enjeu reste ce traité dont l'avenir proche de l'Europe dépend. C'est sur cet unique point que doivent se concentrer les énergies des libéraux.