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Nostalgies gaullistes

le 01/12/04
Versailles, vendredi 5 novembre, 19 heures. Nicolas Dupont-Aignan, l'animateur de « Debout la République » le mouvement qu'il a fondé pour faire entendre au sein de l'UMP la voix du gaullisme historique, est venu haranguer les troupes dans le cadre de sa campagne à la présidence du « grand parti de la droite et du centre ». Pour le comité Paris de Liberté-Chérie c'est l'occasion d'aller à la rencontre d'une sensibilité politique, certes éloignée de nos convictions, mais qui a indiscutablement marqué la politique de la seconde moitié du siècle précédent.

L'assistance clairsemée est essentiellement composée des derniers grognards survivants du dernier carré local du gaullisme. La moyenne d'âge est proche des 75 ans, l'ambiance est triste, anesthésiée, aucune vibration militante n'est perceptible. Etienne Pinte, le député maire du cru vient prononcer quelques paroles courtoises de bienvenue, Valérie Pécresse la très chiraquienne députée des Yvelines qui avait annoncé sa présence s'est excusée...

D'entrée de jeu, la tonalité est donnée : il s'agit de minimiser autant que faire se pourra la victoire annoncée de Sarkozy à la présidence de l'UMP. Sans surprise, les thèmes développés sont ceux de la frange la plus traditionaliste du gaullisme : souverainisme pointilleux, Etat au seul service de l'indépendance et de la grandeur de la patrie, hostilité au mariage homo, assimilation des immigrés, participation des salariés au capital des entreprises en vue de décourager les OPA étrangères...

Le slogan « pour une France libre » est à l'évidence plus une référence à une glorieuse page de l'histoire nationale que l'expression d'une volonté politique de promouvoir un quelconque programme de réformes libérales. La sortie des 35 heures, la suppression de l'ISF ou le service garanti dans les transports publics sont à peine évoqués ; la question de la réforme de l'Etat posée par un des rares trentenaires présents est poliment éludée...

Nicolas Dupont-Aignan est loin d'être dépourvu de talents politiques ou oratoires, l'homme est ouvert, sympathique et indiscutablement courageux. Pourtant, au fil des réponses aux questions attendues de la salle sur la Turquie, l'homo-parentalité, l'assimilation des immigrés extra-européens ou la défense de la méritocratie républicaine et de la vieille loi de 1905, on sent clairement poindre une certaine amertume. Le nouveau chantre du gaullisme historique se sent clairement mal à son aise au sein d'une UMP désormais transformée en machine électorale. Il sait que les militants y sont souvent négligés et sont de plus en plus nombreux à déserter, il n'a plus d'illusions sur la possibilité d'y créer son courant officiel.

A ses côtés Rachid Kaci se veut le représentant de la « sensibilité libérale de la majorité » mais ne prononcera pas un mot au bénéfice de nos idées. Loyauté vis à vis de celui qui lui a fait une place sur sa liste ? Sans doute ! Mais il est clair à les écouter tous les deux que l'improbable alliance entre le « lapin » gaulliste et la « carpe » libérale ne peut rien produire d'utile à la promotion de la Liberté.

21 heures, les vétérans du gaullisme doivent aller se coucher. Elisabeth Laithier, adjointe aux affaires familiales du maire de Nancy et troisième membre de cette surprenante troïka, tente de réveiller l'assistance d'un vigoureux et quelque peu pathétique « votez pour nous ! ». La salle se vide rapidement et les lumières s'éteignent.

La conclusion est claire : le gaullisme n'est sans doute pas encore mort, mais est clairement en voie de fossilisation. Les gaullistes n'ont plus de vrai projet pour la France et, évidemment, aucun pour l'Europe. Il leur reste la nostalgie d'une époque révolue où « l'intendance » était priée de suivre sans murmurer et où la principale préoccupation politique était la défense et l'illustration de la grandeur de la France dans le monde en général, en Europe en particulier.

L'énergie et le talent d'hommes comme Nicolas Dupont-Aignan et Rachid Kaci n'y pourront rien : ce n'est pas l'exaltation nostalgique de la mémoire gaulliste qui pourra contribuer à réformer utilement ce que De Gaulle lui-même nommait notre « cher et vieux pays ». Face au développement continu de l'abstention et du vote protestataire ou face à la menace que fait peser sur notre avenir collectif la perspective du retour au pouvoir d'une gauche poussiéreuse et clientéliste, la nostalgie, fut-elle émouvante, ne nous est d'aucune utilité !