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Peu de Français savent qu'après trente années de mauvaise gestion, les finances de leur État sont proches de l'état de cessation de paiement. Ceux qui le savent sont fatalistes. Que pourraient-ils bien faire ?
Compte tenu des recettes prévisibles et des dépenses votées (273,8 Milliards d'€), le déficit du budget de l'Etat devrait, fin 2004, s'établir au niveau d'environ 62 milliards, soit près de 23 % du budget, ou encore 4,1 % d'un Produit Intérieur Brut (PIB) qui, début 2004, s'élevait à 1 528 milliards. Une épicerie qui dépenserait 100 quand ses recettes sont de 77, devrait, en quelques semaines, fermer boutique. L' «Etat-mamouth» à la française s'offre, lui, le luxe de pratiquer une telle gestion depuis trente ans. D'autres déficits minent parallèlement les finances publiques. Ainsi, l'assurance maladie atteindra en 2004 la perte record de près de 14 milliards d'euros. L'UNEDIC (assurance-chômage) devrait perdre 4, 2 milliards, sa dette cumulée s'établissant alors à 8 milliards. Encore ces chiffres ne tiennent-ils pas compte du coût des chômeurs « recalculés », soit environ 2 milliards répartis sur deux ans, ni de la prise en charge des intermittents du spectacle. Mais ce sont les dépenses de l'Etat lui-même qui ouvrent la brèche la plus large dans la coque du navire. Encore cette brèche est-elle probablement sous-estimée. En effet, le montant affiché des dépenses soumises au Parlement ne comporte aucune provision pour réévaluation de la grille des traitements de fonctionnaires. Or chaque point d'augmentation de ces rémunérations représente un peu plus d'un milliard, soit 0,4 % de dépenses en plus. Le relèvement des taux d'intérêt internationaux (qui alourdirait le service de la dette), la participation de l'armée française à de nouvelles interventions à l'étranger, le sauvetage de la Sécurité sociale etc n'ont pas davantage été anticipés. Bref, il s'agit d'un budget initial qui devra, comme tous les budgets, être révisé en fin d'année. On devine dans quel sens. Serait-il possible de le ramener à l'équilibre ? Autrement dit, si les recettes ne doivent être que de 77 et non de 100, serait-il possible de ramener les dépenses à ce même niveau ? Parmi les engagements les plus difficiles à contourner, figurent: Total 59 % La différence entre les recettes prévisibles et ces dépenses, représente donc: 77 - 59 = 18 % du budget voté. Pour équilibrer notre budget national, sauf à ne pas payer les fonctionnaires ou à ne pas rembourser les emprunts contactés, il faudrait donc faire rentrer l'ensemble des autres dépenses : fonctionnement et consommations diverses, investissements, budgets sociaux, budgets militaires, crédits de recherche, financement des 35 heures, contribution aux budgets des collectivités territoriales, subventions aux associations etc, dans une enveloppe ne représentant pas plus de 18 % des dépenses actuellement votées. Soit environ 50 milliards d'euros. Or ces dépenses figurent actuellement au budget pour 115 milliards, soit 2,3 fois plus. Il est évidemment impossible de diviser par plus de deux l'ensemble des dépenses de l'Etat, hors traitements des agents de la fonction publique et paiement de la dette. En d'autres termes, il est désormais hors de portée de quelque gouvernement que ce soit, d'établir un budget en équilibre. C'est dans cette impasse qu'ont conduit, année après année, l'accroissement continu du nombre de fonctionnaires, conjugué à l'accumulation depuis trente ans de déficits publics ininterrompus. Chaque année, ces déficits ont dû être couverts pas des emprunts. Le total de ceux-ci n'a cessé de se gonfler. Il atteint aujourd'hui 1.000 milliards d'euros. Encore ne s'agit-il que de la partie visible de la dette. Les retraites que, dans les prochaines années, l'Etat devra verser aux fonctionnaires, n'y sont pas comptabilisées. Elles constituent une dépense à venir qui aurait du être provisionnée. Mais l'Etat n'établit aucun bilan ni ne tient de comptabilité patrimoniale. Suivant un rapport de la Cour des Comptes datant de 2003, cette dette non comptabilisée s'élèverait à 700 milliards d'euros supplémentaires. Le gouvernement peut-il, en vendant tout ou partie du stock d'or de la Banque de France, desserrer le nœud coulant de ces déficits budgétaires récurrents et cumulatifs ? Cet établissement détient actuellement 3.000 tonnes d'or, représentant un peu plus de 30 milliards d'euros, soit à peine de quoi payer une année d'intérêt de la dette. De plus, ce stock ne nous appartient plus. Il est censé gager l'euro comme il gageait précédemment le Franc. L'accord de la Banque des Règlements Internationaux (signé en 1999 par les banques centrales européennes) nous autorise à en vendre au maximum 100 tonnes par an, vente qui rapporterait, de manière assez dérisoire, un milliard d'euros. Un retour de la croissance sauverait-il l'Etat français de la faillite ? Selon tous les économistes, la croissance du PIB devrait en France, en 2004, être de 1,7 à 1,8 %. L'Allemagne, notre premier client et notre premier fournisseur, vient de réduire ses ambitions pour 2004 à 1,5 % de croissance. Rappelons que, dans le même temps et suivant les mêmes sources, la progression sera vraisemblablement de 4,6 % aux Etats-Unis et de 4,6 % également, en moyenne, pour l'ensemble du Monde. La Chine connaîtra un taux à deux chiffres ! Au-dessous de 2 % d'accroissement du PIB, on ne considère pas qu'il s'agit d'une véritable « croissance ». Plutôt d'un gonflement apparent des masses monétaires dû à une spécialisation croissante des activités économiques. Il est en tous cas communément admis qu'un tel taux, s'il amène quelques recettes fiscales supplémentaires, n'entraîne pas de création d'emplois nouveaux. Est-il possible de doper cette croissance, en injectant, de manière volontariste, de l'argent public dans l'économie, de la pousser au-delà du taux fatidique de 2 % ? Peut-on stimuler la consommation, par exemple en accroissant les aides distribuées par l'Etat Providence, ou en réévaluant les salaires, de manière à gonfler les carnets de commande des entreprises, à accroître les rentrées fiscales et à créer de nouveaux emplois ? C'est ce que soutiennent les « keynésiens » qui ne sont pas tous dans l'opposition. En fait, la politique économique qu'ils préconisent a déjà fait ses preuves. Elle n'a même jamais cessé d'être pratiquée, par la droite comme par la gauche, depuis trente ans. Elle s'est chaque fois révélée n'être qu'un miroir aux alouettes. Rappelons-nous l'inflation record des années 1975-76 et l'appel, en catastrophe, au meilleur économiste de France, l'effondrement du Franc sous le gouvernement Mauroy (1983), la distribution de la prétendue « cagnotte » (en réalité, un déficit moins lourd que d'habitude) sous le gouvernement Jospin, etc. A la veille de chaque échéance électorale, il est rare qu'un gouvernement ait résisté à la tentation de distribuer aux électeurs un pouvoir d'achat supplémentaire, fut-il factice et constitué d'assignats ! Loin de dénoncer le laxisme des politiciens, les journalistes manifestent généralement leur connivence. Toute nouvelle dépense publique est saluée d'un vibrant « Le gouvernement débloque n milliards en faveur de Z ». Dans quelle caverne d'Ali Baba, verrouillée par quel méchant génie, le chevalier blanc gouvernemental va-t-il donc chercher ces milliards inespérés pour les « débloquer »? Aujourd'hui, ce n'est même plus dans les poches des contribuables. Tous ceux qui le pouvaient sont partis. Trop d'impôts a tué l'impôt. Désormais c'est l'emprunt qui alimente la générosité gouvernementale. Autrement dit, ce sont nos enfants et petits-enfants qui devront supporter le poids de notre laxisme et de notre démagogie. Mais l'heure de vérité est proche. Le jour est arrivé où il est clair que l'Etat n'a plus les moyens de rembourser les emprunts qu'il contacte, sinon en en contactant de nouveaux. Bientôt, les marchés financiers et les agences de notation s'en aviseront. Les obligations d'Etat, ces placements de pères de famille, deviendront alors, du jour au lendemain, de vulgaires Junk Bonds. Faute de prêteurs, l'Etat sera à court de trésorerie. Ne pouvant plus émettre de la monnaie comme il le faisait au temps où il disposait de la planche à billet, il devra retarder chaque ses paiements. Au premier rang desquels, les retraites et les traitements des agents publics. Un ministre Superman a été nommé quai de Bercy. Peut-il réussir l'impossible ? «Que peut faire un gouvernement de droite» demandaient à Jacques Marseille, professeur d'histoire économique à Paris I-Sorbonne, P. A. Delhommais et Alain Faujas, deux journalistes du Monde. Aussi courageux et déterminé soit-il, quel professionnel de la politique pourrait être suicidaire au point de privilégier l'intérêt général sans se soucier des retombées politiques qui briseraient probablement sa carrière ? A la manière dont Churchill fit appel à ses concitoyens en 1940, nos dirigeants peuvent-ils faire appel au sens civique des Français et leur montrer sans fards la vérité toute nue ? Pourraient-ils tabler sur les ressources dont ce peuple a parfois su faire preuve quand le pays a été en grand danger ? Ensuite, quand l'opinion aurait enfin pris conscience de la gravité de la situation, engager avec son soutien les réformes indispensables ? Le pari est dangereux. L'opposition fera mine de prendre l'exposé des problèmes (qu'elle n'ignore nullement et auxquels elle feindra d'être étrangère) pour un aveu du caractère erroné de la politique engagée. Elle soulèvera la rue. L'union sacrée entre majorité et opposition, en vue de sauver le pays d'une faillite à laquelle elles ont toutes deux contribué, est imaginable ailleurs. Pas en France. De plus, le consommateur, prenant brutalement conscience de la fragilité de l'avenir, pratiquera une épargne de précaution. Il a d'ailleurs déjà commencé à le faire, en Allemagne comme en France. Ce faisant, il freine la consommation intérieure, porte un coup à une croissance déjà bien anémique, et risque de précipiter la crise de trésorerie de l'Etat. Laquelle interviendra avant qu'aucune réforme n'ait eu le temps de faire sentir ses effets bénéfiques éventuels. A force de foncer dans le mur, nous y sommes... René MAYER (ancien haut fonctionnaire)
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