|
||||||||
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |
||||||||
![]()
![]() Etat en délire, L' Alerte rouge sur l'Amérique : Retour sur le maccarthysme |
«Etre héroïque ou n'être plus».Bernanos Prologue Que deviendrons-nous aussi bien quand les héros plus légers de nos romans auront tiré leur révérence ? Un d'Artagnan qui passe son chemin sans reconnaître Athos, Porthos et Aramis est un d'Artagnan au visage triste. Un Rastignac sans ambition est moins qu'un Rastignac, un Sorel sans amour est un Julien pâle. Serions-nous alors condamnés à n'être que des pantins articulés par la mollesse des temps ? Antihéros vidés d'infini, bouchons flottant au niveau plat d'une mer sans vague ? Notre liberté nous pousse à dire non et à esquisser ce qui en nous, dans notre histoire, peut être héroïque. Nous pleurons le héros et son paletot, idéal qui nous a fait et continue de nous faire. Nous préférons la posture de l'idéaliste un tant soit peu décalé, à l'imposture du réaliste par trop calé dans ses certitudes. L'idéal répond à un besoin vital d'enchantement, et tout idéal à l'œuvre est un héroïsme. L'héroïsme est une brèche dans l'horizon, une échancrure dans un tissu d'étoiles virevoltantes. Aujourd'hui, nous dessinons une figure du héros à notre portée. Une figure du héros, pour tous les temps et par tous les temps. Le héros est l'homme du jour La nuit gagne le jour. Nous avons parfois l'impression d'être des demi-mâles, émasculés de la vie tant celle-ci semble devenue fade. La tentation existe alors de se replier sur soi, de se recroqueviller dans sa solitude, non plus de sauver mais de se sauver. Mais le héros refuse de mourir au jour le jour. Le héros lève son regard sur le jour qui point et « regarde le matin comme si toute chose y naissait ». Pathétique, le soleil fuit toujours la tranquillité. Si le héros connaît les contradictions de son temps, elles sont parfois les siennes, il refuse de s'y résigner. Non pas être adapté au monde mais être capable de le changer. « Ne croyez point ce qui vous diront que la jeunesse est faite pour s'amuser : la jeunesse n'est point faite pour le plaisir, elle est faite pour l'héroïsme » répétait Paul Claudel à Jacques Rivière. Certes, le héros n'est pas un donneur de leçons mortifères qui méprise les plaisirs. Pourtant, capable d'ordonner l'accessoire à l'essentiel, il sait que les plaisirs se défont la nuit, s'ils ne sont convertis en lendemains héroïques. « C'est déjà demain » dit l'amant à sa promise, qui est aussi sa part d'aube. Pour le héros, le sens est une conquête de chaque jour et l'idéal est une promesse de l'aube! Juste un homme Etre un homme n'est pas une affaire simple. Une telle pensée peut prêter au sourire, elle peut aussi prêter au sérieux. Les premiers, nous sommes capables de pensées et d'actes bas qui sont loin de nous honorer. Parfois, nos actions font de nous, cependant que nous agissons, un peu moins que des hommes. Notre condition d'homme est une invitation perpétuelle au dépassement. Rien n'est acquis et tout s'acquiert à force de volonté et de persévérance. C'est pourquoi aujourd'hui, l'aspiration héroïque est un appel à être. Le héros est celui qui recouvre sa liberté, recouvre son être attaqué par un matérialisme avide et qui le déconstruit. Le héros ne refuse pas l'avoir mais sait s'en détacher. Il sait sa part animale qui parfois vit d'instinct et d'instant. Il sait aussi sa part d'homme qui aspire à l'éternité, fusse celle d'un rêve. Le héros veut assumer le plus possible d'humanité. Le héros veut exceller à être. Non pour revendiquer une quelconque supériorité mais pour participer à l'invention d'un visage toujours nouveau du réel. L'excellence est un héroïsme dans la mesure où elle est un accomplissement. Elle appelle l'effort et refuse la facilité, apanage des fauves et des perroquets. Quand la civilisation parie bien souvent pour la partie basse de l'homme, le héros parie lui pour la partie haute. « On ne descend pas dans la vie, on monte » dit le héros. Non un surhomme Le culte du héros ne doit être ni une mystification de plus, ni une idolâtrie surannée pour jeunes désenchantés. Quand les temps sont mous, la tentation existe certes de s'insurger, de jeter un pavé n'importe où pourvu que cela semble héroïque. L'héroïsme s'il se drape dans l'anarchie faillit pourtant à sa mission. Car l'héroïsme se doit de réconcilier. Si la réconciliation nécessite parfois l'insurrection, elle peut aussi emprunter des chemins plus doux. C'est pourquoi le héros n'est ni un héraut hors la loi, ni un Prométhée déchaîné qui s'enivre à crier dans le vide. Son héroïsme n'est point qu'ivresse, prélude facile aux gueules de bois qui déchantent. L'héroïsme du super héros, quand il est forcé, n'est qu'un relent de volonté de puissance qui cache une impuissance. L'histoire atteste que les tentatives pour faire des sur-hommes ont mené aux pires catastrophes. Aussi, le héros est un modéré que seul l'homme intéresse. Le sur-humain écœure toujours par manque de cœur. Erotisme de l'héroïsme L'on voudrait nous faire croire à la suspicion généralisée. Nos oiseaux de malheurs affirment qu'il n'est de rapport que de domination, qu'il n'est d'héritage qu'usurpé. Ces petits hommes qui ne peuvent faire l'histoire, se plaisent alors à la défaire. C'est oublier que l'histoire est aussi un testament et l'héritage parfois un acte d'amour. Le héros est l'héritier de la vie. Le héros est un éros. Non pas un cupidon obsédé de planter ses flèches et grisé de viser juste. Plutôt un individu au corps entier en érection, et qui appelle à la vie. Rien n'est transparent pour le héros. Il regarde et discerne ce qui a partie liée à la vie (éros) de ce qui a partie liée à la mort (thanatos). Son regard n'est pas hagard qui, à force de se défier de tout, finit par ne plus se fier à rien. Son regard est égard et attention à toute chose. L'homme excelle à être un homme dans la mesure où il porte la condition d'homme à son plus haut degré. C'est pourquoi le sourire du héros est un sourire amoureux, son visage une éthique. Le héros accueille et fonde tout regard dans la présence et l'invitation au davantage. « Rien n'est vrai que ce qui est fécond » dit Goethe. Le héros cherche avant tout à construire et à être fécond. Son souffle est un souffle généreux, que seule la stérilité peut couper. Tout geste héroïque est un don et la fécondité du héros est sa première puissance. Actes, pas et gestes sont féconds quand ils puisent, en l'autre et par l'autre, de quoi ne pas s'épuiser. Epilogue Le héros redonne sens à la devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». Liberté car le héros refuse les aliénations de toutes sortes. Egalité car le héros excelle à être un homme. Il refuse la médiocrité qui est le masque pâle de l'égalité. Fraternité car seul un regard d'amour peut faire revivre cet idéal défunt. Seul l'amour peut nous vider de l'idée que nous sommes des étrangers les uns pour les autres. Toute inspiration absolument libre est une aspiration héroïque.
|
|||||||
|
Fédération Liberté Chérie - 39 rue Henri Barbusse - 92000 Nanterre - 06.29.62.06.79 - liberte@liberte-cherie.com | ||||||||