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Ce que l'on avait pris au départ pour une échauffourée rapidement
maîtrisable se révèle être une véritable insurrection. Je veux bien sûr
parler des incidents de Aulnay-sous-bois qui se sont généralisés à
toute la région parisienne et même à d'autres villes françaises : cette
nuit, Rennes, Strasbourg et Toulouse ont été touchées. On compte déjà
une victime et quelques blessés graves, ainsi que 2200 voitures
incendiées en neuf nuits. Les forces de l'ordre essuient des tirs à
balle réelle et des jets de projectiles incendiaires, et le nombre
d'interpellations reste massif tout comme la mobilisation policière.
Comment en est-on arrivé là ? Evidemment, ce n'est pas la mort tragique de deux adolescents dans un transformateur électrique qui est la véritable cause : ce serait plutôt l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. En réalité les problèmes des banlieues sont nombreux et commencent à dater. Les années Mitterand et Jospin se sont, entre autres, caractérisées par un aveuglement volontaire quant à la détérioration de la situation des cités. Un véritable tabou avait été instauré, toute critique envers la délinquance des banlieues était assimilée à du racisme. Alors que le sentiment d'exclusion progressait en raison d'un chômage endémique qui touchait - et touche toujours - lourdement ces populations, que le trafic de drogue se généralisait comme moyen de subsistance, on a laissé faire. Qui plus est, on a continué à accueillir de nouveaux immigrants alors qu'on savait pertinemment qu'ils auraient d'énormes difficultés à trouver un emploi et un logement décent. On a laissé se développer un nid de criminalité. Progressivement, le délinquance est devenue de plus en plus présente dans la vie de tous les jours et il a bien fallu réagir : c'est pourquoi la campagne électorale de Jacques Chirac en 2002 s'est habilement faite sur le thème de la lutte contre l'insécurité. Nicolas Sarkozy, en tant que ministre de l'Intérieur, a fait peu à peu tomber les tabous et engagé une politique sévère de répression dans les banlieues. Malheureusement, pour rassurer les Français, l'accent a uniquement été mis sur la répression qui a souvent été conduite de manière malpropre. On a régulièrement eu vent de plaintes de la part de jeunes qui se faisaient maltraiter par des agents de police lors de contrôles. En plus d'être marginalisés, les jeunes des banlieues ont bientôt commencé à se sentir de plus en plus stigmatisés et opprimés. Le récent durcissement de ton de Nicolas Sarkozy n'a eu pour conséquence que d'affermir la réaction de ces jeunes, qui, influencés et conduits par des grands délinquants présents dans leur entourage, ont amorcé une révolte violente, virulente et aveugle. Est-ce que les arrestations de masse vont mettre fin au malaise de ces désoeuvrés ? On est en droit de penser que non. Ce n'est pas en se contentant de couper les têtes de l'hydre que l'on finira par la vaincre, car celles-ci repousseront indéfiniment. L'une des causes du chômage et de la criminalité est le trafic de drogue. Effectivement, beaucoup de jeunes sont plutôt incités par le gangstérisme que par le travail car il est plus rémunérateur. La solution est toute simple, et une fois de plus elle s'accorde avec l'exigence de liberté : il faut légaliser la vente de drogues ! Cela fera instantanément diminuer l'économie souterraine car les stupéfiants pourront être trouvés chez n'importe quel commerçant, à des prix souvent plus attractifs et avec une qualité plus facile à contrôler. Les fonds engagés dans la lutte contre le trafic de drogue pourront être réutilisés d'une autre manière, sans compter ce que l'Etat pourra prélever comme taxes. Cela pose un problème éthique ? Certes, les drogues sont malsaines et dangereuses pour l'être humain, quand on en abuse. Tout comme l'alcool, le Coca-Cola, la nourriture grasse, et l'air pollué... qui ne sont pas interdits pour autant ! La légalisation des drogues est donc une revendication logique, a fortiori pour un libéral. Mais la légalisation des drogues n'est certainement pas la solution qui réglerait tout. Bien que cela couperait l'herbe sous le pied aux trafiquants, cela ne résoudrait pas les problèmes d'exclusion. Il faudrait favoriser l'accession à la propriété aux habitants des HLM, ce qui pourrait accroître leur sentiment d'appartenance à la nation. C'est ainsi que Mrs. Thatcher, dans le cadre du programme Right to Buy - entre 1979 et 1988 - a permis à trois millions de Britanniques aux revenus modestes de devenir propriétaires de leur logement. Accéder à la propriété est le rêve de toute personne et le signe d'une réussite. Ce serait donc assurément bien reçu par ceux qui souffrent tous les jours de l'exclusion et du désespoir. Ensuite, le seul moyen de réduire le chômage des immigrés est de provoquer une demande de main d'oeuvre suffisamment forte pour que les patrons ne puissent plus se permettre de pratiquer la discrimination à l'embauche. Les répercussions sociales seraient totalement vertueuses : les populations issues de l'immigration seraient introduites dans le monde de l'entreprise et par conséquent se retrouveront au contact des autres citoyens, ce qui favoriserait le brassage des populations et la connaissance de l'autre, véritable antidote à l'intolérance. Sans entrer dans les détails parce que ce n'est pas le sujet ici, pour créer cette fameuse explosion de la demande de main d'oeuvre, il faudrait profondément déréglementer le marché du travail et réduire la pression fiscale pour rétablir l'incitation à embaucher. Enfin, la meilleure solution pour réduire l'immigration sans pratiquer la coercition serait de réduire les incitations à immigrer, c'est-à-dire de réduire les protections sociales colossales qui sont offertes sans contrepartie. La véritable cause de l'attractivité de la France pour l'étranger n'est pas le fait que nous soyons la "patrie des droits de l'homme" mais que nous sommes très généreux au niveau de l'aide sociale et qu'il est facile d'en abuser. Malheureusement, ces aides sociales produisent un certain nombre d'effets pervers dont le premier est l'installation de ses bénéficiaires dans un assistanat passif et "désocialisateur". Il est donc urgent de réformer la distribution de ces allocations. Comme toujours, le libéralisme offre des réponses précises aux distorsions sociales produites par l'intervention maladroite de l'Etat. Mais il y a deux problèmes : le premier, c'est que ces solutions seront délicates à appliquer et nécessiteront beaucoup de courage politique et de pédagogie. Le deuxième, c'est que nos politiques sont à mille lieues de cette logique...
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